Si la pratique d’un deux-roues motorisé est majoritairement masculine, elle progresse de 4 points chez les femmes, selon le dernier bilan (2024) de l’ONSIR (Observatoire national interministériel de la sécurité routière). « Elles représentent environ 17 % des motards », précise Didier Renoux pour la Fédération des motards en colère. Elles parcourent en moyenne moins de kilomètres que les hommes (2 469 km versus 3 695 km), mais sont en revanche plus nombreuses à l’utiliser pour les trajets domicile-travail (47 % des femmes, contre 40 % des hommes).
« La moto se féminise, je le constate lors des sorties que j’organise, appuie Michel Reimel, organisateur de sorties annuelles dans le Bas-Rhin pour Mobilité Club France. Pas plus tard qu’hier, j’ai participé à une sortie avec les Baby motards de Centre Alsace, créée par une dame il y a deux ans. L’ambiance était vraiment bonne entre les anciens, ceux qui reprennent le guidon, les nouveaux. »
Le bon usage du partage de la route
Pour le motard qui fête plus de 50 ans de pratique, la clé pour une sortie idéale : le respect du partage de la route. « L’idée n’est pas de rouler trop vite, ni de faire vrombir son moteur et de casser les oreilles des gens ! Quand j’organise mes sorties, chacun doit respecter les usages : on part ensemble, on rentre ensemble. On fait attention à l’autre, on respecte les normes de vitesse et les distances de sécurité. Et on roule en quinconce pour pouvoir regarder loin devant et éviter de se percuter. »
Le partage de la route reste fondamental pour la sécurité de tous. Car s’ils ne représentent que 2 % du trafic motorisé, le dernier bilan annuel provisoire de la Sécurité routière fait froid dans le dos : les usagers des deux-roues motorisés représentent 21 % des personnes tuées, 31 % des blessés graves et 36 % des blessés qui garderont des séquelles 1 an après l’accident. En 2025, parmi les 3 260 personnes tuées, 1 563 étaient des occupants de véhicules de tourisme, 691 des usagers de deux-roues motorisés, 501 des piétons, 234 des cyclistes et 80 des utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisé.
La dernière enquête Ipsos sur le partage de la route révèle ainsi une difficile cohabitation entre usagers. 92 % des conducteurs de deux-roues motorisés indiquent craindre le comportement des autres. « Nous militons pour une éducation à la sécurité routière dès le primaire, insiste Didier Renoux, mandataire national à la sécurité routière pour la Fédération des motards en colère. Nous sommes favorables aux stages de pratique, comme cela se fait par exemple à Paris sur circuits pour identifier les risques que l’on peut rencontrer sur la route. La Mutuelle des Motards propose par exemple une mesure incitative en offrant une réduction sur la prime de risque pour ceux qui effectuent des stages routiers. » Pour Didier Renoux, la sécurité passe par l’apprentissage du partage de l’espace public dès le plus jeune âge : « Le slogan de la Sécurité routière « Tous responsable » est devenu « Vivre ensemble », cela démontre bien les enjeux », relève-t-il.
Une vitesse adaptée aux circonstances
Aujourd’hui, la France compte 2,5 millions de motards et 4 millions d’engins. Des passionnés qui sillonnent les routes de France et, d’ailleurs, « avec ce sentiment de liberté et le plaisir de découvrir de nouveaux panoramas », confie Michel Reimel. Des nouveaux usagers qui privilégient la moto pour éviter les embouteillages en zone urbaine. Des amateurs de sensations fortes aussi, mais qui doivent respecter les bonnes pratiques. « La vitesse reste la première cause d’accident, note Michel Reimel. L’idée n’est pas de rouler le nez dans le guidon et le genou au sol, il y a des circuits pour ça. » Un sentiment partagé par Ornella Ongaro, pilote professionnelle de moto et ambassadrice de la sécurité routière : « La route, ce n’est pas un circuit », insiste la championne. Pour Didier Renoux, « Il faut toujours veiller à avoir une vitesse adaptée aux circonstances en ayant en tête que l’on est responsable de sa propre sécurité. »
En 2024, 70 % des conducteurs de deux-roues motorisés sont présumés responsables des accidents mortels dans lesquels ils sont impliqués selon le rapport de l’ONSIR. « Il n’y a pas de carrosserie : les motards n’ont pas plus d’accidents que les autres, mais ils sont plus graves », rappelle Didier Renoux.
Tout est question d’attitude. Adapter sa vitesse, donc, et ne surtout pas faire l’impasse sur l’équipement : casque, gants, « mais aussi blouson et pantalons renforcés, et pourquoi pas une dorsale et/ou un gilet gonflant en cas de chute », détaille Michel Reimel, pour qui l’équipement ne doit pas être un luxe afin de profiter pleinement de ce sentiment de liberté que procure la moto.











